La quête du vrai


La méthode de Stanislavski est aujourd’hui la principale référence dans l'art dramatique. Sa démarche, au début du siècle dernier a été une quête de vérité, de vrai, d’authenticité dans le jeu. Ce fondement est noble en soi. Et Michaël Chékhov s’en est également saisi. Mais quels moyens sont mis en œuvre pour parvenir à ce but ? C’est ce qui va orienter une technique d'art dramatique précise et l’action qu’elle a tant sur le spectateur que sur l’acteur.

 

 

L’approche de Stanislavski pour atteindre le « vrai »…

 

Constantin Stanislavski est parti du principe que l’acteur devait puiser dans sa propre mémoire affective pour être vrai dans son jeu. Il a construit sa méthodologie autour de ça. Nous ne sommes pas loin, à mon sens, d’un art dramatique « pseudo-thérapeutique » où l’acteur ne verbalise pas ce qui vit en lui (psychanalyse), mais le joue devant un public. Non seulement il le joue, mais il s’y replonge régulièrement pour « créer » les rôles qu’il incarne.

 

Quels sont les impacts sur le spectateur de mon point de vue ?

L’acteur, puisant dans sa propre mémoire, ne fait que se jouer lui-même. Mais comme tout être humain, chaque acteur ne représente qu’une facette de l’ensemble des êtres humains. Aussi, si cette facette a le « bonheur » de résonner avec vous spectateur, alors vous aurez la chance de ressentir quelque chose pendant la représentation ou le film, de vous identifier peut-être au personnage. Mais si cette facette est éloignée de votre propre nature, alors aucune identification ou résonance ne sera possible. Mais dans les deux cas, résonance ou pas, cela reste très limité. Le spectateur ne sera pas vraiment élevé par l’art.

 

Qu’en est-il pour l’acteur de mon point de vue ?

L’acteur, qui à chaque rôle, va puiser dans sa mémoire affective, se remémore sans arrêt ses failles, ses blessures, ses fêlures et dans le meilleur des cas, les moments heureux de sa vie. Le risque de cette méthodologie est de tourner en rond, de ressasser sans arrêt son passé et au final d’amplifier ses propres névroses au lieu de s’en libérer. C’est d’autant plus amplifié que le public le renvoie comme en écho. Malheureusement, l’histoire du cinéma plus médiatisé, a déjà révélé ce type de dérapage, pouvant aller jusqu’au suicide. Il y a bien sûr, toute une échelle de vécus possibles. Mais si un acteur veut se donner à fond avec cette méthodologie, il prend le risque de mal finir. J’avais été saisie lors d’une représentation théâtrale il y a quelques années, de « Vol au-dessus d’un nid de coucou », du jeu de l’infirmière. Elle ne s’appuyait uniquement que sur la technique vocale et corporelle qui était excellente et donnait le change. Et heureusement pour elle, c’était une véritable protection à mon sens.

 

 

L’approche de Michaël Chékhov pour atteindre le « vrai »…

 

En lisant la biographie de Michaël Chékhov (présente dans son livre « L’imagination créatrice de l’acteur »), il ressort que cette quête du vrai, bien présente chez lui, lui créait une réelle souffrance. Mais il ne s’est pas satisfait de l’enseignement de Stanislavski, dont il fût l’élève. Bien au contraire, il s’en est affranchi. Il a cherché d’autres voies, d’autres moyens.

 

Il les a trouvés, grâce à sa rencontre avec l’enseignement de Rudolf Steiner, qui propose une vision complète de l’être humain. Ainsi Chékhov s’est appliqué à trouver des exercices qui permettent à l’acteur de maîtriser sa psyché, d’en comprendre les fondements universels indispensables au travail de l’acteur. Ainsi, l’acteur va travailler sur les ressorts de la volonté (les quatre éléments), du sentiment et de la pensée. Il va créer un personnage sur la base de ces fondements universels dont chaque être humain est porteur. Mais ce personnage créé pourra n’avoir rien à voir avec son propre être. Ce sera une véritable aventure de création qui lui demandera des dépassements pour s'en saisir. Pour illustrer mon propos, prenons l’exemple de l’élément air au niveau corporel. Il consiste dans le développement de la grâce, grâce à la maîtrise de la pesanteur. Grâce à cette maîtrise, si vous jouez par exemple un personnage pesant, avec une démarche un peu lourde, vous saurez alors qu’il faut insuffler au niveau corporel un manque d’air. Mais à l’inverse d’un individu qui le vit sans conscience, vous le recréez avec la conscience… Ce qui fait une grande différence au niveau du spectateur, car vous l’élevez par votre art, sur ce qu’est cette pesanteur, mais sans l’y identifier, car vous la maîtrisez. Et même mieux, les spectateurs qui ont tendance à cette pesanteur, vous leur donnez une clé ! Et cet exemple peut être transposable à toute technique véritable de l’acteur reposant sur les principes universels de la psyché.

 

Quelles peuvent être les limites de cette démarche, de mon point de vue ?

A mon sens, il n’y en a pas. Car l’être humain est un véritable mystère que l’acteur se doit de dévoiler pour progresser dans son art. Non seulement l’acteur sera lui-même sur un chemin de perfectibilité à l’infini, mais il donnera au spectateur sa propre quête, ses propres efforts. En ce sens, il élèvera également son art et celui qui le regarde.

 

 

Ma propre démarche…

 

L'art dramatique s’est toujours intimement lié à ma quête de connaissance de l’être humain et du processus créateur. Les ouvrages qui m’inspirent le plus dans ce sens sont « Le Tarot des Héros » et « L'Aventure Héroïque » de Céline et Pierre Lassalle. Je m’intéresse de près aussi à la Nature, qui est un grand modèle de créativité renouvelée chaque année. Elle croit, génère des nouvelles fleurs, des fruits... et nous donne tout ce qu'il faut pour nous alimenter et nous guérir. En ce sens, j'ai développé un savoir-être "naturo", dont vous trouverez des apports spécifiques pour l'acteur, dans l'onglet "naturo". 

 

Quand j’ai rencontré le travail de Chékhov grâce à un ami russe, cela a été un choc de découvrir une méthodologie qui prenait en compte les fondements universels de la psyché humaine. Je suis rentrée dedans avec une grande facilité grâce à l’acquis de ma propre démarche.

                                                                                                                         

Aujourd’hui, mon but est d’aller toujours plus loin, d’approfondir tout ce travail sur la psyché en lien avec des outils pour le travail du comédien. Et je cherche à y adjoindre également un travail sur les lettres (le Verbe), car l’acteur joue avec les mots… C’est tout un chemin passionnant à explorer …